Jeudi 13 septembre
2001
Assemblée
Constituante du Canton de Vaud
Mesdames et
Messieurs les Constituant(e)s,
Nous répondons à la
consultation que vous avez ouverte concernant l’avant-projet de la nouvelle
Constitution du Canton de Vaud.
Tout d'abord, nous
voulons vous témoigner que, dans son ensemble, nous apprécions les aspects
nouveaux que vous proposez dans votre texte et que nous mesurons la somme de
travail qu'il représente.
Sur le plan qui nous concerne plus directement, nous notons avec satisfaction qu'il est accordé davantage de place aux thèmes de l'éducation et de l'enseignement que dans la Constitution en vigueur. En particulier, la liberté de choix de l'enseignement apparaît. De même que la possibilité de soutenir financièrement des enseignements autres que celui qui est administré par l'État.
Mais dans les deux
cas, nous trouvons que l'avancée est bien timide et que vous ne donnez pas les
moyens modernes d'un pluralisme scolaire respectueux des principes d'égalité et
de liberté démocratique. Les lettres que nous joignons à la présente en sont
une illustration. De nombreuses familles expérimentent que l'école d'État ne
peut pas répondre à elle seule à toutes les situations pédagogiques. Croire le
contraire, c'est charger cette institution d'une mission impossible. Dès lors,
pour respecter l'égalité des chances des enfants et l'égalité de traitement des
citoyens devant la loi, il nous semble nécessaire d'aller plus loin.
Nos remarques
porteront sur deux points:
1)
Liberté d'enseignement
Il est étonnant que, dans votre texte, une des rares
libertés qui ne soit pas garantie est celle du choix de l'enseignement.
Alors que la liberté de l'enseignement scientifique l'est, de même que celle de
l'art. Avez-vous ainsi donné à l'enseignement des moyens démocratiques en phase
avec le siècle qui débute?
Notez qu'il y a contradiction entre les alinéa 1 et 2
de l'article 14: en ne garantissant pas la liberté de choix de l'enseignement,
vous ne donnez pas les moyens aux citoyens d'exercer le droit reconnu à l'alinéa
1. Que fera-t-on lorsque un citoyen sera en mesure de montrer que son enfant ne
reçoit pas à l'école d'État un enseignement favorisant l'épanouissement de ses
potentialités et son intégration sociale?
2)
Service public de l'enseignement
L'article 43 dit deux choses
intéressantes:
-
Alinéa 1: «L'État assure un service public.»
Il n'est pas dit qu'il est le
seul à le faire. Nous défendons l'idée que, sous certaines conditions, des
associations ou institutions à but non lucratif fournissent également un
service public. C'est d'ailleurs ce que laisse entendre l'alinéa 3 de cet
article 43, ci-dessous.
Dans le domaine de
l'enseignement, il manque les critères
qui définiraient sous quelles conditions un service de l'éducation est
considéré comme public. Mais on peut laisser à la loi le soin de le faire.
Si l'État ne s'approprie pas
la notion de service public, alors l'article 48bis alinéa 1 pose un problème
dans sa formulation. Car il est clair que vous avez voulu désigner les écoles
organisées par l'État (selon Art. 48 al. 1). Nous vous proposons donc de
remplacer, dans cet article, le terme «écoles publiques» par «écoles organisées
par l'État».
-
Alinéa 3: «Sous la responsabilité de l'État, certaines tâches peuvent
être entièrement ou partiellement déléguées.»
On se demande pourquoi les articles sur l'enseignement
n'appliquent pas ce principe d'une façon générale. Car l'article 53 limite le
soutien à des écoles offrant des possibilités de formation complémentaires à
celles de l'État, c'est-à-dire essentiellement des écoles de formation
professionnelle. L'enseignement de base, obligatoire, est donc laissé de côté.
D'autre part, cet article 53 utilise le terme
«établissements privés». Nous le trouvons malvenu, car ce n'est pas
l'enseignement privé qui devrait être soutenu, mais l'enseignement public
non-étatique, à savoir celui dont l'intérêt public est reconnu; à condition,
bien sûr, que l'on définisse les critères de cette reconnaissance.
La loi devrait également définir les
modalités de ce soutien qui peut être directement versé à l'établissement ou
indirectement aux parents. A notre sens, la constitution devrait rester ouverte
sur ce point.
Compte
tenu de ce qui précède, nous vous proposons les modifications suivantes:
Proposition
Du FORUM POUR DES ECOLES PUBLIQUES LIBRES EN SUISSE:
Art. 14 La liberté de choix de l'enseignement
est garantie.
Art. 48bis L'enseignement de base est obligatoire et, dans les écoles organisées par l'État, gratuit.
Art. 53 1 L'État peut
soutenir des enseignements non-étatiques dont l'intérêt public est reconnu.
2
La loi précise les critères, les conditions et les modalités de ce
soutien.
En vous remerciant de l'attention que vous
porterez à ces propositions, nous vous adressons, Mesdames et Messieurs les
Constituant(e)s, nos salutations les meilleures.
Michel Laloux Elisabeth Bracher
Pièces jointes: Lettres de citoyens soutenant notre démarche.
Synthèse des
lettres et présentation du Forum.